Comment utiliser ce guide
Lisez d'abord le script complet sans l'utiliser, familiarisez-vous avec le ton.
Choisissez UN script pour UN moment de la journée. Pas tout à la fois.
Les premiers jours seront maladroits. C'est normal, votre enfant aussi s'adapte.
Adaptez les mots à votre style. L'important est la structure, pas la formulation exacte.
Soyez constant. Une routine maladroite chaque jour vaut mieux qu'un script parfait deux fois.
Situation 1 : Avant la session : mettre en place le Pré-amorçage
Contexte : Votre enfant demande la tablette ou la télé. Vous êtes d'accord. 2 minutes avant d'allumer.
💬 Vous dites, juste avant d'allumer
"On va regarder [nom du dessin animé / du jeu]. Tu vois mon sablier ? Quand tout le sable sera en bas, comme ça, on éteint ensemble. C'est toi qui appuieras sur le bouton. D'accord ?"
[Montrez le sablier, laissez l'enfant le toucher]
"Maintenant on fait notre souffle de dragon. Tu souffles très fort avec moi ? Inspire bien… et souffle lonnnnnng ! Super ! Tu es prêt ? C'est parti !"
💡 Nommer le contenu + montrer le signal de fin + souffler ensemble activent le cortex préfrontal avant la session.
Situation 2 : Fin de session : l'arrêt sans crise
💬 Vous dites, 2 minutes avant
"Encore un tout petit peu, et après, c'est toi qui éteins avec moi !"
💬 Vous dites, au moment d'éteindre
"Le sable est en bas ! On éteint ensemble ? Appuie sur le bouton. Voilà ! C'était bien ? C'était quoi le personnage que t'as préféré ?"
[Sans attendre la réponse]
"Allez, on va sauter 10 fois sur le tapis , 1, 2, 3… !"
💡 Lui faire appuyer sur le bouton lui donne un sentiment d'agentivité. La question sur le personnage redirige vers un souvenir positif. Les sauts régulent la dopamine immédiatement.
Situation 3 : Crise à l'arrêt : pleurs, cris, "encore !"
Votre objectif : rester ancré, nommer, ne pas céder.
💬 Dialogue, en vous accroupissant à sa hauteur
Vous : "Je vois que tu es très triste. C'est dur de s'arrêter."
Vous, 10 secondes après, sans bouger : "Le sablier était fini. On avait dit ensemble. Tu t'en souviens ?"
Vous, si les pleurs continuent : "Je suis là. Quand tu seras prêt, on va aller chercher [activité aimée]."
⚠ Ne jamais dire : "T'es insupportable." / "C'est la dernière fois." / "Tu auras encore moins demain.". Ces phrases alimentent la crise et créent de l'anxiété.
⏱ La règle des 90 secondes, pourquoi ne pas céder
Situation 1 : Avant la session : la routine des 2 minutes
Contexte : Les devoirs sont faits. Votre enfant a le droit d'un temps d'écran.
💬 Dialogue complet
Vous : "Avant d'allumer, dis-moi : tu vas jouer à quoi exactement ?"
Enfant : "À Minecraft."
Vous : "Super. Et tu joues combien de temps ?"
Enfant : "Une heure."
Vous : "Ok. Règle toi-même le minuteur sur une heure. C'est ton minuteur, quand il sonne, tu t'arrêtes. Maintenant, 3 respirations de champion. Les sportifs font ça avant une compétition pour que leur cerveau soit au top. Inspire… expire doucement. Encore. Encore. C'est parti !"
💡 L'enfant qui règle son propre minuteur a 3× plus de chances de le respecter. Le geste crée un engagement actif, pas une contrainte externe.
Situation 2 : Fin de session : l'annonce, la question-pont, le rebond
💬 Dialogue complet
Vous, 5 min avant : "Dans 5 minutes, le minuteur va sonner. Tu peux finir ta partie / ta vidéo en cours."
Vous, au signal : "Voilà. C'était bien ?"
Enfant : "Ouais / Bof."
Vous : "T'as fait quoi de cool ?"
💡 La question-pont en PREMIER, toujours — avant les devoirs, le dîner ou quoi que ce soit. Elle reconnecte l'enfant à une émotion positive et désamorce la frustration.
Situation 3 : Résistance : "encore 5 minutes !"
💬 Dialogue
Enfant : "Encore 5 minutes, s'il te plaît, je suis au milieu d'une partie !"
Vous, calmement : "Je comprends que c'est frustrant. On avait dit une heure, c'est ce que toi tu avais réglé. Finis le niveau en cours et on s'arrête."
Enfant : "C'est pas juste, j'étais sur le point de gagner !"
Vous : "Je sais. Ça frustre. Demain t'auras une nouvelle chance. Tu vas enregistrer ou noter où t'en étais ?"
⚠ Ne jamais marchander : "Bon, encore 10 minutes.". Chaque concession apprend à l'enfant que négocier fonctionne. La prochaine fois, la négociation commencera plus tôt.
Situation 4 : Introduire la méthode pour la première fois
💬 Vous dites, moment calme, pas en conflit
"Tu sais pourquoi des fois t'arrives pas à t'arrêter de jouer même quand t'as envie d'arrêter ? C'est pas parce que t'es faible ou accro, c'est parce que les jeux et les vidéos sont faits par des ingénieurs très malins pour que ton cerveau ait toujours envie de continuer. C'est pas de ta faute.
J'ai découvert une technique que font les vrais sportifs pour que leur cerveau reste aux commandes. Ça prend 2 minutes. T'as envie qu'on essaie ensemble ?"
💡 "C'est pas de ta faute" est crucial. Ça retire la honte et ouvre la coopération. "Les vrais sportifs" donne une légitimité sans infantiliser.
Situation 1 : La conversation d'ouverture
Contexte : Moment détendu, après le repas, en voiture. Pas en plein conflit.
💬 Vous dites, demandez la permission d'abord
"T'as une minute ? J'ai lu un truc qui m'a vraiment surpris sur comment TikTok / les jeux fonctionnent. Pas pour te faire la leçon, juste parce que je pense que ça t'intéresserait. Tu veux que je te raconte ?"
💡 Demander la permission avant de parler change tout, ça signale que vous allez leur donner quelque chose, pas les juger.
💬 Si ils disent oui, continuez
"Il y a un mec qui s'appelle Aza Raskin. C'est lui qui a inventé le scroll infini, tu sais, le fait qu'on scrolle indéfiniment sur TikTok et Insta sans jamais toucher le fond. Il a dit publiquement qu'il regrettait. Parce que ce mécanisme crée 200 000 heures de scrolling involontaire chaque jour dans le monde.
Ce qu'il a créé, c'est la même chose que les machines à sous dans les casinos : une récompense imprévisible. Des fois la vidéo suivante est nulle, des fois elle est top, et cette imprévisibilité libère de la dopamine en continu. Ton cerveau ne peut pas s'arrêter tout seul face à ça. C'est pas une question de volonté.
Ce qui m'intéresse, c'est de te partager une technique pour que ton cerveau reste aux commandes. T'es partant qu'on en parle ?"
Situation 2 — Pression sociale en ligne
💬 Dialogue
Enfant : "Je peux pas quitter, l'équipe compte sur moi, si je pars on perd."
Vous : "Je comprends que c'est embarrassant pour toi. Est-ce que tu peux dire à tes potes que t'as 5 minutes pour finir et après tu dois y aller ?"
Vous, si ça se répète : "Le fait que tu ne puisses pas partir parce que les autres jouent encore, c'est exactement le mécanisme dont on a parlé. Ton cerveau utilise la pression sociale pour te garder connecté. Tes vrais amis comprendront."
Situation 3 : Le conflit qui dégénère
💬 Dialogue, quand ils vous retournent l'accusation
Enfant, agressif : "T'as aucun droit, t'es toujours sur ton téléphone toi aussi !"
Vous, en baissant la voix : "T'as raison. Moi aussi j'ai du mal avec mon téléphone. On est dans la même situation, tous les deux. C'est pour ça que j'essaie d'apprendre des techniques, et je veux les partager avec toi."
💡 Admettre votre propre difficulté désarme l'argument de l'injustice et ouvre une vraie conversation. C'est l'un des moves les plus puissants avec les préados.
Situation 4 : Introduire le journal de session
💬 Vous proposez
"Je t'ai préparé un truc. C'est 10 secondes. Avant de jouer, tu notes sur ton téléphone ou un carnet : ce que tu vas faire et pour combien de temps. Après, tu notes : est-ce que t'as fait ce que t'avais prévu, et comment tu te sens. C'est pas pour moi, c'est pour toi. Pour voir si l'appli t'a eu ou si t'as tenu. T'es partant d'essayer une semaine ?"
💡 "C'est pas pour moi" est essentiel — le journal doit être perçu comme un outil d'autonomie, pas de surveillance parentale.
Situation 1 : Ouvrir la conversation sans déclencher les défenses
💬 Vous dites, moment neutre, sans enjeu immédiat
"Je voulais te dire quelque chose, pas une règle, pas une dispute. Juste un truc que j'ai lu qui m'a vraiment frappé."
"Les ingénieurs qui codent TikTok et Instagram ont interdit à leurs propres enfants d'utiliser ces apps. Sean Parker, cofondateur de Facebook, a dit en conférence que l'app exploite délibérément les failles de la psychologie humaine. Ce ne sont pas des théories complotistes, c'est documenté."
"Je ne dis pas que t'es accro ou que tu as un problème. Je dis que ces outils sont conçus pour que personne, pas même les adultes, pas même moi, ne puisse s'en empêcher facilement. Et j'aimerais te partager ce que j'ai appris là-dessus. Pas pour te surveiller. Pour que tu aies les mêmes armes qu'eux."
💡 "Les mêmes armes qu'eux" positionne la méthode comme un avantage pour l'ado, pas une contrainte parentale.
Situation 2 : Le téléphone hors de la chambre la nuit
💬 Vous dites, avec l'explication, pas l'injonction
"Je veux qu'on instaure une règle dans toute la maison, mon téléphone compris. La nuit, on charge tous nos téléphones hors des chambres. Pas pour te surveiller."
"Voilà pourquoi : pendant le sommeil, ton cerveau consolide ce que t'as appris, régule tes émotions, récupère. Une seule notification la nuit peut fragmenter ton sommeil même si tu ne la vois pas. Les études sur les ados montrent que 30 minutes de moins de sommeil chaque nuit = l'équivalent d'une nuit blanche par semaine en termes d'effets sur la concentration et l'humeur."
"Je fais pareil. Dès ce soir, mon téléphone charge dans le couloir. Le tien aussi. On essaie 3 semaines et on en reparle ?"
💡 "Je fais pareil" est non-négociable, si vous demandez ça sans le faire vous-même, la règle sera perçue comme de l'hypocrisie et ne tiendra pas.
Si résistance forte à cette règle, variante
Situation 3 : Proposer des outils d'autonomie
💬 Vous dites
"Il y a un truc que certains ados font et qui marche vraiment, pas parce que leurs parents l'ont imposé, mais parce qu'ils ont voulu reprendre le contrôle eux-mêmes."
"Dans les réglages de ton téléphone, t'as un outil qui s'appelle Screen Time ou Temps d'écran. Il te montre combien de temps tu passes sur chaque app. La plupart des gens qui le regardent pour la première fois sont choqués."
"T'as envie de regarder tes stats ? Je regarde les miennes en même temps, on compare ?"
💡 Transformer ça en jeu partagé plutôt qu'en évaluation parentale. Voir ses propres données est souvent plus efficace que n'importe quelle règle externe.
Situation 4 : Quand vous êtes inquiet sans être sûr
💬 Vous dites, sans accuser
"Je voulais te dire quelque chose, et j'ai besoin que tu saches que c'est pas une accusation, c'est une inquiétude."
"Ces dernières semaines, j'ai l'impression que tu dors moins bien, que tu sors moins, que t'es moins là quand on est ensemble. Je me trompe peut-être. Mais si c'est lié aux écrans, ou à autre chose, je suis là pour en parler, sans jugement."
"T'as pas à me répondre maintenant. Mais sache que la porte est ouverte."
💡 Ne pas forcer la réponse immédiate. Les ados ont besoin de temps. Souvent, la conversation viendra 2–3 jours plus tard, à leur initiative.
Situation 5 : Impasse totale
💬 Quand les conversations ont atteint leur limite
"Je sais qu'on n'est pas d'accord, et je sais que tu en as marre que j'en parle. Moi aussi je suis fatigué de cette tension."
"Je vais faire une chose différente. Je vais arrêter de t'en parler pendant 2 semaines. Pas parce que j'abandonne, parce que je pense que les mots ont atteint leur limite. Par contre, je vais continuer à faire ce que je pense être juste de mon côté. Et la porte reste ouverte si tu veux en parler."
💡 Se retirer temporairement de la confrontation préserve la relation tout en maintenant vos limites. Souvent, c'est après ce moment que les ados reviennent d'eux-mêmes.
Les 3 principes derrière tous ces scripts
Nommer l'émotion avant d'adresser le comportement. Un enfant qui se sent compris baisse ses défenses et peut entendre ce que vous dites.
Expliquer le mécanisme, pas moraliser sur la conséquence. "L'app est conçue pour ça" est plus efficace que "tu passes trop de temps dessus".
Modéliser vous-même avant de demander quoi que ce soit. Votre enfant vous regarde avant de vous écouter.